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Qualité de l’air intérieur au Québec : ce que les tendances post-pandémie changent pour les gestionnaires

Qualité de l'air intérieur

Avant mars 2020, la qualité de l’air intérieur préoccupait surtout les spécialistes en hygiène du travail et quelques propriétaires aux prises avec des moisissures. La pandémie de COVID-19 a tout changé. En l’espace de quelques mois, des millions de Québécois ont appris que l’air qu’ils respiraient dans leurs bureaux, leurs écoles et leurs logements pouvait les rendre malades. Et cette prise de conscience ne s’est pas dissipée avec la fin de l’urgence sanitaire.

Un marché en pleine reconfiguration

Les demandes d’évaluation de la qualité de l’air intérieur ont connu une augmentation marquée depuis 2021 selon les données publiées par plusieurs firmes spécialisées au Québec. Cette croissance ne provient pas uniquement du secteur commercial. Les propriétaires résidentiels, les comités de parents d’écoles et les syndicats de copropriété font désormais partie de la clientèle régulière des laboratoires environnementaux.

La raison est simple : les gens posent des questions qu’ils ne posaient pas avant. Quel est le taux de CO₂ dans ma salle de classe? Mon système de ventilation filtre-t-il les particules fines? L’air de mon condo est-il plus pollué que l’air extérieur? Pour répondre à ces questions, une analyse de la qualité de l’air intérieur réalisée par un laboratoire accrédité constitue la seule approche fiable. Les capteurs grand public mesurent le CO₂, parfois les particules fines, mais pas les contaminants biologiques ni les composés chimiques spécifiques.

Ce que les entreprises exigent désormais de leurs locaux

Le télétravail hybride a redistribué les cartes. Les entreprises qui veulent attirer leurs employés au bureau doivent offrir un environnement de travail tangiblement supérieur à la maison. La qualité de l’air fait partie de cette promesse. Des certifications comme WELL Building Standard et Fitwel incluent des critères stricts de qualité de l’air intérieur, et les grands locataires commerciaux commencent à les exiger dans leurs baux.

Ivanhoé Cambridge, filiale immobilière de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a intégré des indicateurs de qualité de l’air dans la gestion de plusieurs de ses propriétés montréalaises. Des capteurs permanents mesurent en continu le CO₂, les particules fines PM2.5 et la température. Quand les seuils sont dépassés, le système de ventilation s’ajuste automatiquement. Cette approche proactive reste l’exception, mais elle fixe la direction dans laquelle le marché se déplace.

Pour les immeubles plus modestes, qui ne disposent ni de capteurs permanents ni de systèmes automatisés, des évaluations ponctuelles réalisées par des laboratoires spécialisés offrent une solution accessible. Un audit complet de la qualité de l’air pour un local commercial de taille moyenne coûte entre 1 500 et 3 500 dollars, selon le nombre de paramètres mesurés.

Le résidentiel rattrape son retard

Le secteur résidentiel a longtemps été le parent pauvre de la qualité de l’air intérieur. Les normes de Santé Canada existent, mais elles sont formulées comme des recommandations, pas des obligations. Le Code civil du Québec impose un logement « en bon état d’habitabilité », ce que le Tribunal administratif du logement interprète de plus en plus largement pour inclure la qualité de l’air.

Les copropriétés font face à des défis particuliers. L’eau qui s’infiltre par le toit ou la façade d’un immeuble en copropriété ne respecte pas les limites des lots privés. Une contamination fongique dans les parties communes peut se propager aux unités privées par les systèmes de ventilation partagés. Le syndicat de copropriété se retrouve alors responsable d’un problème qu’il n’a pas causé mais qu’il doit résoudre.

L’INSPQ recommande un taux d’humidité relative maintenu entre 30 % et 50 % dans les habitations québécoises pour limiter la croissance fongique. En hiver, quand le chauffage assèche l’air, les humidificateurs sont tentants. Mais un humidificateur mal entretenu devient lui-même une source de contamination bactérienne. C’est le genre de contradiction que seul un diagnostic professionnel permet de démêler : l’humidité est-elle trop élevée, trop basse, ou simplement mal distribuée?

Les écoles sous le microscope

La qualité de l’air dans les écoles québécoises est devenue un enjeu politique depuis la pandémie. Le ministère de l’Éducation a lancé un programme massif de mesure du CO₂ dans les salles de classe, suivi de l’installation de purificateurs d’air dans les locaux les plus problématiques. Mais le CO₂ n’est qu’un indicateur de ventilation. Il ne détecte ni les moisissures, ni l’amiante, ni le radon, trois contaminants courants dans les bâtiments scolaires construits avant 1985.

Plusieurs commissions scolaires ont mandaté des firmes spécialisées pour réaliser des analyses complètes de la qualité de l’air dans leurs établissements les plus anciens. Ces analyses incluent le dépistage de l’amiante dans les matériaux de construction, la mesure du radon au sous-sol et la recherche de contamination fongique dans les systèmes de ventilation. Les résultats ont parfois mené à des fermetures temporaires et à des travaux de remédiation majeurs.

Ce que les chiffres ne disent pas

La qualité de l’air intérieur n’est pas qu’une affaire de chiffres et de seuils réglementaires. C’est aussi une question de perception et de confiance. Un locataire qui reçoit un rapport professionnel démontrant que l’air de son logement est conforme aux normes de Santé Canada se sent rassuré, même si ses symptômes avaient une autre cause. Un employé qui sait que son employeur fait tester l’air régulièrement perçoit son milieu de travail différemment.

Cette dimension psychologique explique en partie pourquoi la demande continue de croître même en l’absence de nouvelles obligations réglementaires. Les gens veulent savoir. Ils veulent des données. La CNESST, l’Ordre des chimistes du Québec et les associations professionnelles du secteur constatent tous cette évolution. Le rôle des laboratoires environnementaux dépasse désormais la simple mesure : ils deviennent des tiers de confiance dans la relation entre propriétaires, occupants et autorités publiques.

Les gestionnaires qui anticipent cette tendance et intègrent le suivi de la qualité de l’air dans leur gestion courante ne répondent pas seulement à une mode passagère. Ils se positionnent dans un marché où la transparence environnementale deviendra bientôt un critère de différenciation aussi important que l’emplacement ou le prix du loyer.

Le parallèle avec la certification énergétique est frappant. Il y a quinze ans, personne ne demandait la cote énergétique d’un bâtiment avant de signer un bail. Aujourd’hui, c’est un critère standard dans le secteur commercial et il gagne du terrain dans le résidentiel. La qualité de l’air suit le même chemin, avec un décalage d’environ cinq ans. Les laboratoires spécialisés qui ont développé des offres de suivi périodique, avec rapports annuels comparatifs, répondent exactement à ce besoin émergent.

Les prochaines années seront déterminantes. Si les municipalités québécoises adoptent des exigences de divulgation similaires à ce qui existe déjà en France ou en Scandinavie, les gestionnaires qui auront constitué un historique de données sur la qualité de l’air de leurs bâtiments auront une longueur d’avance considérable. Ceux qui n’auront rien mesuré devront rattraper le temps perdu dans l’urgence, avec les coûts et les risques que cela implique.

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